Mal des transports : ces drôles de lunettes peuvent-elles vraiment sauver vos trajets ?

2 personnes qui ont le mal des transports

Vous connaissez sûrement ce moment. La route serpente, vous baissez les yeux sur votre téléphone pour répondre à un message, et soudain une vague de nausée vous coupe l’envie de tout. Le paysage défile dehors, mais votre estomac, lui, a décidé de descendre à la prochaine. Pour des millions de voyageurs, le mal des transports transforme chaque trajet en épreuve. Et voilà qu’une solution inattendue circule depuis quelques années : des lunettes sans verres, remplies d’un liquide bleu, qui promettent d’en finir avec les nausées. Étranges, un peu déroutantes, mais prises au sérieux par la science. J’ai voulu comprendre ce qu’elles valent vraiment.

Pourquoi on a de plus en plus le cœur au bord des lèvres en voyage ?

Le mal des transports, que les médecins appellent la cinétose, touche beaucoup plus de monde qu’on ne l’imagine. Plus de 30 millions d’Européens en souffrent de façon chronique et selon le moyen de transport utilisé jusqu’à deux passagers sur trois peuvent ressentir des symptômes. Fatigue, sueurs froides, étourdissements, nausées. Vous voyez le tableau.

Le coupable se cache dans un petit malentendu entre votre cerveau et vos sens. Votre oreille interne, qui gère l’équilibre, perçoit clairement le mouvement du véhicule. Mais vos yeux, eux, fixés sur un livre ou un écran, lui racontent l’inverse tout est immobile. Ce désaccord crée un conflit sensoriel, et c’est lui qui vous rend malade. Le problème, c’est que nos habitudes de voyage aggravent la situation. On lit ses messages, on regarde une série, on prépare son itinéraire sur son smartphone. Autant de raisons de garder les yeux baissés donc de nourrir le conflit.

D'où viennent ces lunettes anti-mal des transports

L’idée ne sort pas d’un laboratoire pharmaceutique mais d’une petite start-up varoise Boarding Ring fondée à Ollioules en 2015 par deux frères. Leur point de départ était le monde de la mer, là où le mal de mer fait des ravages. Ils ont mis au point un dispositif médical, breveté et testé cliniquement, avant de l’adapter à tous les transports.

Le grand public a découvert l’objet grâce à Citroën. En juillet 2018, le constructeur lance le modèle Seetroën à 99 euros, présenté comme les premières lunettes du genre. Le succès est immédiat : plus de 20 millions de vues en ligne et 15 000 ventes en quelques mois. La start-up enchaîne ensuite avec un passage remarqué dans l’émission Qui Veut Être Mon Associé en 2023, puis un modèle pour enfants baptisé Ringo. Preuve que l’idée, aussi insolite soit-elle, a trouvé son public.

Un horizon artificiel autour des yeux

Le principe est aussi simple que malin. Les lunettes ne comportent pas de verres mais quatre anneaux transparents, placés autour des yeux, dans lesquels se déplace un liquide bleu. Quand le véhicule accélère, freine ou tourne, le liquide bouge de gauche à droite et d’avant en arrière. Il recrée ainsi une ligne d’horizon artificielle dans votre champ de vision périphérique.

Cet horizon donne à votre cerveau l’information qui lui manquait. Vos yeux perçoivent enfin le mouvement, en accord avec votre oreille interne, et le conflit sensoriel s’apaise. Selon le fabricant, le soulagement survient en une dizaine de minutes dans 94 % des cas. Une fois les symptômes disparus, vous retirez les lunettes et profitez du reste du trajet. L’objet sert donc de bouton de réinitialisation plus que d’accessoire à garder en permanence.

Passenger With Nausea Symptom And Dizziness

Ce que ça change concrètement quand on voyage

Pour les voyageurs que nous sommes l’intérêt est facile à saisir. Le trajet jusqu’à la destination cesse d’être un moment à endurer. On peut lire son guide, regarder ses photos, planifier sa journée sans craindre la nausée. Les familles avec enfants y trouvent un soulagement particulier surtout sur les longs trajets en voiture ou les traversées en bateau. Et contrairement aux médicaments contre le mal des transports, ces lunettes ne provoquent ni somnolence ni effets secondaires ce qui compte quand on veut arriver frais à destination.

les bienfaits des lunettes anti mal des transports

Faut-il pour autant les glisser dans sa valise

Restons lucides. Le chiffre de 94 % d’efficacité vient du fabricant lui-même, pas d’une étude indépendante, et chacun réagit différemment au mal des transports. L’esthétique, ensuite, divise franchement. Difficile de passer inaperçu avec ces anneaux bleus sur le nez, et tout le monde n’est pas prêt à les porter en public. Le prix de 99 euros pèse aussi dans la balance pour un objet qu’on n’utilise que par intermittence. Enfin, les lunettes sont déconseillées aux enfants de moins de dix ans, le temps que leur oreille interne arrive à maturité, même si le modèle Ringo répond en partie à cette limite.

Ce petit objet raconte quelque chose de plus large sur le voyage d’aujourd’hui. À l’heure où chaque gadget promet d’être connecté, bardé de capteurs et synchronisé à une application, voici une innovation qui fonctionne sans batterie, sans écran et sans le moindre réglage. Juste un peu de liquide et une bonne compréhension du corps humain. Et si la prochaine révolution du confort en voyage ne venait pas toujours du numérique ? La question mérite d’être posée. Et vous, seriez-vous prêt à porter ces lunettes pour des trajets enfin sereins ?